Plusieurs ministres « toussent » contre la politique d’austérité
10 04 2013Plusieurs voix s’élèvent publiquement au gouvernement pour demander une inflexion de la politique économique et sociale, comme réponse supplémentaire à la crise politique déclenchée par les aveux de l’ex-ministre du Budget. Des appels auxquels l’Elysée et Matignon paraissent rester sourds pour le moment. Arnaud Montebourg a ouvert mardi les hostilités dans un entretien au Monde. Le ministre du Redressement productif prévient que « le sérieux budgétaire, s’il tue la croissance, n’est plus sérieux. Il est absurde et dangereux. Il est donc plus que temps d’ouvrir le débat sur cette politique qui conduit l’Union européenne à la débâcle. »
« La politique d’austérité imposée par l’Europe est-elle soutenue par nos concitoyens ? La réponse est non. Elle est rejetée par tous les peuples », observe Arnaud Montebourg. Avant d’appeler, cinglant, à une remise en cause des directions prises par Bruxelles : « S’il y a une crise de régime, c’est au niveau de l’Union européenne, où il n’y a nul débat démocratique sur les causes et les conséquences de cette politique d’austérité qui nous entraîne collectivement dans une spirale récessive. »
L’avis d’Arnaud Montebourg est aussi celui de Cécile Duflot dans un entretien à Mediapart. La ministre du Logement juge que des mesures « uniquement éthiques » ou « techniques » contre la fraude fiscale « ne seront pas suffisantes » pour répondre à la crise politique. « Avec l’amplification de la crise, une réponse uniquement centrée sur la baisse des dépenses publiques ne peut pas être une réponse politique durable, assène-t-elle. Je sais qu’il faut engager une trajectoire de désendettement. En même temps, la solution à la crise ne se trouve pas dans cette trajectoire. Le risque, c’est la spirale de la récession. (…) On ne peut pas considérer que le coup de rabot général soit une bonne méthode politique. »
Même discours chez Benoît Hamon, ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire. « Aujourd’hui l’austérité en Europe n’est plus soutenable, avec ses millions de chômeurs », déclare-t-il ce mercredi dans Le Parisien. « Sur le rythme de réduction des déficits, je distingue le sérieux budgétaire indispensable, qui est un moyen, de l’austérité, qui devient une fin en soi », précise-t-il. « La consolidation budgétaire est un marathon. Et un marathon, on ne le finit pas sur le rythme d’un coureur de 400 m, schématise Benoît Hamon. Or, aujourd’hui, les exigences allemandes nous demandent de sprinter alors que la France a besoin de reprendre son souffle. Si ça continue, personne ne finira la course. » Et le ministre de « s’interroger sur le rythme imposé à la poursuite d’une consolidation budgétaire qui confine à l’austérité, qui peut nous conduire dans une impasse et à une France low-cost ».
Face à ces critiques de plus en plus nombreuses, François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne semblent cependant pas décidés à changer de cap. « Non, il n’y a pas de changement de ligne », assure l’entourage du chef de l’Etat. Du côté de Matignon, on relativise ces déclarations anti-austérité et on assure que « le débat au sein du gouvernement est permanent ». (d’après AFP et France TV Infos).
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